samedi 21 mai 2011

F. F. STEENACKERS



 François Frédéric Steenackers (10.03.1830 / 22.07.1911) :
·        Principales dates :
o       naissance : né le 10 mars 1830 à Lisbonne, Joseph François Frédéric Steenackers est Belge, mais d’origine Française par sa mère née Sauvinet.
o       Etudes en France : Grenoble, et Collège Louis Legrand à Paris,
o       Naturalisé français le 5 décembre 1866,
o       Décédé le 22/07/1911 à ROUEN (SEINE-MARITIME - FRANCE)

·        Steenackers l’artiste :
Terrier et escargot, bronze 1855
o       Sculpture : après la vie de Bohème en Italie, expose ses œuvres entre 1857 et 1865 à Paris et en Belgique,
o       Publications historiques : Agnès Sorel et Charles VII, Essai sur l’état politique et moral de la France au 15ème siècle. http://www.archive.org/details/agnssoreletcha00steeuoft




Portrait d'Agnès Sorel, par Jean Fouquet, BnF, département des Estampes, Paris.

o       Publications historiques : Histoire des Ordres de Chevalerie et des distinctions honorifiques en France (1867) et des distinctions honorifiques. http://www.archive.org/details/histoiredesordre00stee
o       Traduit Louis de Camoes en 1889 : http://www.archive.org/details/louisdecameslar00steegoog

Histoire du Gouvernement de la Défense Nationale en province 



·        Steenackers l’homme politique et le haut fonctionnaire de l’Etat :
o       Il s’installe au château d’Arc en Barrois, où il se lit avec les républicains locaux dont Jean Amédée PIERRE, maire de 1870 à 1880

o      écrit :  l’histoire de l’invasion de 1814 dans la Haute- Marne
o       président du comice agricole d'Arc en Barrois (1868),
o       Député de la Haute-Marne le 24 mai 1869 dans l’opposition démocratique, élu contre M. Chauchard, député depuis 1848, Orléaniste et majorité dynastique (bonapartiste selon Steenackers) :
§         Vote contre la guerre de 1870
§         Réclame l’armement des citoyens de Paris
o       Directeur de l’Administration des Lignes Télégraphiques le 4 septembre 1870, nommé par Gambetta en remplacement de M. de Vougy,
o       13 septembre, envoyé à Tours par le gouvernement provisoire pour organiser les services des Télégraphes et des Postes
o       12 octobre, devient Directeur Général des Télégraphes et des Postes, 2 jours après l’arrivée de Gambetta à Tours,
o       20 février : démissionne de Bordeaux où s’est installée la Délégation
o       Echoue à la députation en 1871 dans la Haute-Marne et démissionne de l’administration.
o       Réélu le 18 octobre 1885 Député de la Haute-Marne dans la majorité républicaine
o       Les télégraphes et les postes pendant la guerre de 1870-1871 (1882);
o       Histoire du gouvernement de la Défense nationale (1882-1885)
o       Battu en 1889 à Vassy, il cesse toute activité politique

·        Steenackers et l’émission provisoire des timbres de 1870 : il ne semble pas que M. Steenackers ait été un philatéliste, mais il a eu a prendre certaines décisions qui aboutirent à l’émission provisoire telle qu’elle fût.
o       21 octobre 1870 : ordre de fabrication à M. Delebecque,
o       22 octobre : circulaire au Directeurs des Postes Départementales relative à la fabrication de la nouvelle vignette et à la distribution aux département,
o       22 octobre : courrier à M. Lapouyade, Directeur des Postes de Gironde, accompagné d’un timbre de l’émission du Siège, de remarques sur l’essai de Dambourgez et de consignes sur la fabrication,
o       6 novembre : début de la fabrication,
o       13 novembre : mise en service
o       le 20 février, Steenackers démissionne, il n’intervient donc pas dans la procédure d’arrêt de la fabrication.

Sources :

dimanche 8 mai 2011

La pièce du mois (mai 2011) : enveloppe à destination de Londres

J'étais en train de trier mes 43 et j'ai redécouvert cette enveloppe sans lettre affranchie par un 29B et un 43A bistre-brun :
- oblitération étoile 9 de la rue Montaigne,
- cachet à date type 17 (double-cercle avec indication de levée) du 17 juin 1871,
- cachet rectangulaire rouge PD (Payé jusqu'à Destination),
- cachet à date rouge LONDON W 07 du 19 juin 1871 (je ne connais pas les affranchissement Anglais, merci de m'aider).

le 10 centimes

Deux reports sont aujourd'hui reconnus pour cette émission, sans qu'aucun état n'ait été formellement répertorié. Leur distinction repose principalement sur deux détails caractéristiques : l'épaisseur du trait constituant le cadre du briquetage et le modelé de l'ombre sous l'œil. Dans le report I, cette ombre est formée de traits indépendants, parfois à peine perceptibles ; dans le report II, ces mêmes traits apparaissent reliés entre eux, créant un ensemble plus homogène. Curieusement, Serrane ne mentionne qu'un seul report et il n'est pas exclu que ce second type corresponde en réalité à une modification apportée à la matrice-report.

L'identification de ces deux reports demeure cependant délicate, particulièrement sur les exemplaires dont l'impression est soit trop légère, soit au contraire fortement empâtée. L'examen des essais en noir montre d'ailleurs que l'épaisseur du trait peut présenter certaines variations dans le report II, compliquant encore l'expertise.

La méthode la plus fiable consiste à comparer l'épaisseur du trait du briquetage à celle du filet bordant la vignette dans sa partie nord-ouest, puis à confirmer cette observation par une comparaison identique dans la zone sud-est. Pour les exemplaires les plus ambigus, seule la reconstitution de leur position au sein du bloc-report permet parfois de lever définitivement le doute.

Cette difficulté explique qu'il ne soit pas rare de voir un 43B acquis en vente publique se révéler, à l'examen approfondi, être en réalité un 43A. Une mésaventure bien connue des amateurs de cette émission, qui rappelle combien l'observation attentive demeure l'une des clés de la philatélie spécialisée.

En haut un 43A brun, position 15, en bas un 43B bistre-jaune, position 1

Dans l'histoire postale, certains timbres se laissent apprivoiser au premier regard. D'autres, plus discrets, ne révèlent leurs secrets qu'au terme d'observations patientes et de longues heures d'étude. Ce 10 centimes bistre appartient sans conteste à cette seconde catégorie.

La reconstitution des blocs-report constitue en effet un exercice particulièrement délicat. L'une des principales difficultés réside dans la couleur elle-même. Le bistre, avec ses tonalités douces et légèrement estompées, se détache souvent assez peu du papier sur lequel il a été imprimé. À l'inverse, les nuances plus soutenues, comme les bruns profonds ou les orangés éclatants, facilitent généralement le travail d'identification des positions. Ici, l'œil doit s'habituer aux demi-teintes et aux subtilités chromatiques.

À cette difficulté s'en ajoute une autre. De nombreux exemplaires présentent des filets partiellement ou totalement absents, le plus souvent sur le côté ouest de la vignette. Or, ces filets constituent précisément l'un des meilleurs repères pour reconnaître certaines positions au sein du bloc-report. Lorsqu'ils disparaissent, c'est tout un jeu de pistes qui se complique.

Pour ma part, l'outil informatique est devenu un allié précieux. L'utilisation d'un logiciel de numérisation permettant des agrandissements de dix à quinze fois offre un confort d'étude remarquable et révèle bien des détails invisibles à l'œil nu. À cet égard, le logiciel PhotoFiltre, gratuit, en français et d'une grande simplicité d'utilisation, constitue une aide particulièrement appréciable pour le philatéliste désireux d'explorer chaque trait de gravure.


Les premières utilisations connues témoignent également de l'histoire mouvementée de cette émission. Le report I est attesté dès le 13 novembre 1870, tandis que le report II apparaît pour la première fois le 2 février 1871. Tout porte à croire que l'essentiel de l'utilisation du second report fut réalisé après l'arrêt officiel de la fabrication


Vs0 n°511 Roumet
Avec un tirage estimé à près de dix millions d'exemplaires pour le report I et huit millions pour le report II, ce timbre a largement circulé sur le territoire français. Il répondait à plusieurs usages postaux essentiels de son époque.


Il servait notamment à l'affranchissement des journaux, mais également au tarif de la lettre locale jusqu'à 10 grammes, en vigueur du 1er janvier 1863 au 1er septembre 1871.



On le retrouve aussi sur les cartes annonçant mariages, naissances ou décès lorsque leur poids atteignait ou dépassait 10 grammes.

    affranchissement en lettre locale
Les amateurs d'histoire postale apprécieront enfin sa présence en complément d'affranchissement sur des lettres à destination de l'étranger, notamment vers la Belgique ou l'Angleterre.
    43A bistre (légers reflets verdâtres), case 3, GC 203 Aubeterre-sur-Dronne en Charente (15), cachet rectangulaire rouge PD, cachet à date du type 16 avec un seul cercle et indication de levée, datée du 3 janvier 1871. Arrivée le 8 janvier 1871 à Bruxelles (je ne connais pas les cachets Belges, si quelqu'un peut m'aider ?)

L'étude des nuances est un domaine où le collectionneur découvre toute la richesse de cette émission. Le terme « bistre » trouve son origine dans un pigment ancien obtenu à partir de suie mêlée de gomme. Curieusement, ce bistre historique est souvent plus brun et moins jaune que celui que désignent traditionnellement les philatélistes.

Le report I présente une palette riche allant du bistre pâle au bistre foncé, avec des variantes brunâtres, verdâtres ou légèrement rougeâtres.

    43A (de gauche à droite) : bistre verdâtre-foncé, brun, bistre-brun (chocolat clair ?), bistre, bistre-pâle
Le report II se montre encore plus surprenant avec des teintes qui s'éloignent parfois sensiblement du bistre classique : bistre-jaune, orange, brun soutenu ou encore ce remarquable jaune citron qui attire immédiatement le regard dans une présentation de collection.

43B (de gauche à droite) : orange, jaune-citron, bistre-jaune (légèrement orange), bistre-brun (paire avec piquage en ligne), bistre

Comme souvent dans les émissions de Bordeaux les variétés abondent. Certaines sont devenues célèbres, telles que le « 18 » remplaçant le « 10 », la variété « FRANE » ou encore les exemplaires présentant une tache caractéristique devant le nez. D'autres, plus discrètes, n'attendent que l'œil exercé du collectionneur pour être découvertes.

Les falsifications ne sont pas absentes de cette histoire. Serrane évoque notamment les fameux « faux de Toulouse », rencontrés aussi bien neufs qu'oblitérés. Quant au maître incontesté de la reproduction philatélique, Jean de Sperati, il ne pouvait manquer de s'intéresser à cette valeur. Ses réalisations, qu'elles soient en noir ou en couleur, demeurent aujourd'hui encore des pièces recherchées pour la qualité exceptionnelle de leur exécution.



Faux de Sperati, épreuve en noir signée de l'artiste faussaire

Les essais de fabrication constituent enfin un chapitre fascinant. De nombreux essais en noir des deux reports sont connus, offrant un regard privilégié sur le travail de la fabrication lithographique. Ces documents permettent d'observer avec une netteté incomparable les détails de gravure qui, sur les timbres émis, sont parfois atténués par l'encrage ou l'usure des planches.

Essai du bloc -report 43A report 1, Roumet VsO n°522 (http://www.roumet.fr/)
Essai du bloc-report 43B report 2 signé Léopold YON, Roumet VsO n°522 (www.roumet.fr)

Parmi les curiosités de cette émission figure également la feuille de vigne représentée dans le décor, dont le dessin diffère sensiblement de celui utilisé sur d'autres valeurs de la même série. On pourrait s'interroger sur cette singularité graphique : la feuille s'est-elle transformée, au fil des retouches, en une évocation du grain de raisin ?

Une feuille s'est-elle transformée en grain de raisin ? A droite un 43, à gauche un 47.

Enfin, comme bien d'autres timbres de cette période troublée, le 10 centimes bistre se rencontre parfois coupé afin de servir à un affranchissement de 5 centimes. Ces usages de nécessité témoignent de l'ingéniosité des utilisateurs et apportent une dimension humaine à l'étude de ce timbre qui, cent cinquante ans plus tard, continue de révéler ses mystères à ceux qui prennent le temps de l'observer.

Cherrystone auctions de février 2011, affranchissement de 25 centimes
VsO n°18 Behr (www.behr.fr)